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La vie est pleine de possibilités

Zakia Moulaoui et Invisible Cities : portrait d’une entrepreneuse française installée en Écosse.

Invisible Cities est une des entreprises les plus novatrices du moment. Elle organise des visites guidées de plusieurs villes en Grande-Bretagne, dont Edimbourg, visites animées par des personnes en difficultés, telles que SDF ou chômeurs. Parcours atypique et passionnant de Zakia Moulaoui, sa créatrice ou quand l’entreprenariat rejoint le social dans un contexte multiculturel. Tout ce qu’on aime.
Entrepreneuse française en Ecosse, Zakia est arrivée au Royaume Uni la première fois à l’âge de 17 ans grâce à une bourse qui lui a permis d’étudier pendant une année dans un lycée à Londres. Une fois avoir terminé la période à Londres, Zakia est retournée à Saint-Etienne, sa ville de naissance, où elle a continué ses études universitaires d’anglais et de français langues étrangères.
Après avoir terminé ses études, Zakia voulait retourner au Royaume Uni pour travailler. Elle avait déjà des expériences de travail depuis l’âge de 17 ans, et à 18 ans grâce à sa bonne maitrise de l’anglais, elle a commencé sa première expérience d’enseignement dans un lycée privée. Après trois ans de travail en France, Zakia décide finalement de retourner au Royaume Uni grâce à un programme d’échange avec son université qui lui propose un poste d’enseignant de français dans un lycée à Edimbourg. Zakia accepte l’offre et part pour l’Ecosse, où elle découvrira plus tard que la vie avait beaucoup plus à lui offrir.
A la fin de son contrat, elle décide de rester dans la ville pour trouver un autre emploi. Elle avait entendu parler d’une organisation qui cherchait quelqu’un qui sache parler français et anglais et puisse faire un travail de bureau pendant dix mois. Elle envoie son CV. Dès lors, elle commence à travailler pour cette organisation « La Coupe du monde des sans-abris ».
La Coupe du monde des sans-abris gère un réseau de projets dans 62 pays du monde, utilisant le football comme moyen de réhabilitation pour les personnes sans emploi, dans la rue ou en prison, quelle que soit leur situation. Chaque année, une compétition se déroule dans un pays différent, un peu comme les Jeux olympiques, mais c’est l’équipe d’Édimbourg qui la coordonne. Les dix mois de travail sont devenus plus de cinq ans pour Zakia, qui a beaucoup appris de cette expérience. Elle nous raconte que ce qui l’a frappée le plus, c’est qu’elle n’avait aucune idée de la façon dont les gens étaient, elle se demandait s’ils étaient tous alcooliques et drogués, etc. Elle avait beaucoup de préjugés, mais finalement grâce à cette expérience elle a changé d’avis sur ces gens et elle a pris conscience qu’ils étaient tous des personnes avec des espoirs et des souhaits, qu’ils avaient tous des compétences et qu’ils étaient tous fiers de représenter leur pays dans des matches internationaux.
Grace à cette expérience, Zakia aura l’idée de créer sa propre entreprise « Invisible cites ». L’inspiration, explique Zakia, est arrivée parce qu’il y a beaucoup d’associations caritatives, d’organisations et d’entreprises qui fournissent nourriture et logement et qui aident ces gens, mais pour elle, ce n’est pas suffisant. Selon Zakia il est aussi important qu’ils se sentent des êtres humains normaux, qu’ils aient confiance en eux, et qu’ils ne soient pas constamment aidés par quelqu’un, et à ce niveau-là, il n’y a pas grand-chose, et c’est là où Zakia trouve le but de sa vie.
Zakia quitte la Coupe du monde des sans-abris, commence à faire des recherches et à trouver de partenariats pour créer son entreprise. Elle voulait raconter toutes les histoires qu’elle avait apprises sur ces gens, et briser tous les préjugés qu’on a sur ceux qui vivent dans la rue, des préjugés qu’elle-même avait auparavant. En plus, elle avait le désir d’être indépendante : elle n’aimait pas la formalité liée au salariat, elle voulait être son propre boss.
En 2016, Zakia fait une formation gratuite de six mois, qui aidait les entreprises sociales ici à Edimbourg. Cette formation l’a aidée à lancer son entreprise et à créer un compte, elle a appris à être plus pratique et à gérer toute la bureaucratie. En même temps, Zakia essaye de sponsoriser son projet, elle parle de son idée avec tous les acteurs du secteur, par exemple avec Social Bites, The Big Issue etc. Elle demande des conseils et des avis et tout le monde lui disait que c’était une excellente idée, que ça marcherait etc., mais personne ne voulait le faire. Tout le monde lui disait qu’ils n’avaient pas le temps, l’argent et qu’ils n’avaient pas les employés, mais que si elle voulait le faire, ils allaient la soutenir. À ce moment-là, Zakia comprend que c’était l’occasion pour elle de faire quelque chose complètement seule. En avril 2016, elle lance officiellement son entreprise, et aujourd’hui elle travaille toujours avec 99 % des personnes auxquelles elle en avait parlé à l’époque.
À Invisible Cities Zakia et son équipe aident les sans-abris ou les chômeurs en les formant à devenir des guides touristiques dans leur ville. Après une formation, ils deviennent guides touristiques et proposent des visites aux touristes et aux habitants d’Édimbourg, de Glasgow, de Manchester, de York et de Cardiff. L’idée est de les former et de les encourager à s’impliquer dans d’autres domaines, dans l’emploi et à prendre un nouveau départ pour faire quelque chose dans leur vie. Les employés sont embauchés par l’intermédiaire d’organisations caritatives et d’autres entreprises qui les aident par ailleurs. La formation dure entre 2 et 6 mois, et les gens ne sont pas payés pour la formation qu’ils reçoivent, mais une fois qu’ils deviennent guides touristiques, ils sont payés pour les visites qu’ils font. Invisible Cities montre que la vie est imprévisible, et qu’il faut briser le tabou et les préjugés, les choses qu’on pense tous savoir sur les autres.
Offrant des tours pendant tout l’année. Invisible Cities travaille au niveau local et international. Par exemple, l’entreprise propose des activités conçues pour des entreprises locales qui organisent des journées de cohésion pour leurs employés.
Les touristes à Invisible Cities paient comme ils paieraient n’importe quelle autre entreprise touristique. De cette façon, Zakia peut payer ses employés et générer du chiffre d’affaires. On parle donc d’une vraie entreprise à but lucratif qui fait en même temps du travail social.
Mais comment ouvrir une entreprise en Ecosse ? Zakia nous explique que n’est pas très difficile, et qu’en plus il y a des aides financières faciles à obtenir. Dans son cas, Zakia n’a reçu aucune aide de la part du gouvernement, n’ayant pas besoin de beaucoup d’argent au début. Une des premières entreprises qu’elle contacta pour obtenir un financement fut l’aéroport d’Édimbourg et ils ont dit oui tout de suite, ils lui ont demandé d’expliquer son projet et lui ont donné l’argent. Une fois le premier financement reçu, il était plus facile d’approcher d’autres entreprises. Cependant, Zakia nous raconte que les petites subventions comme celle de l’aéroport ne suffisaient pas pour engager des gens, alors elle ne s’est pas versée de salaire pendant deux ans. Puis, après deux ans, il y a eu un investissement beaucoup plus important de 50 000 livres sterling, ce qui lui a permis d’embaucher quelques personnes.
Zakia nous parle aussi des défis d’être une femme étrangère dans le monde de l’entreprise, un monde à majorité masculine. Elle raconte que selon son expérience elle n’a pas rencontré beaucoup de problèmes en Ecosse. Bien sûr, c’était un peu gênant d’être entourée par beaucoup d’hommes tous écossais, tous blancs et tous dans leur 40/50 ans, mais elle n’avait pas peur, elle était déterminée à réussir dans son but. Elle dit qu’en général il y a un stéréotype masculin dans le monde de l’entreprise, qui ne saute pas aux yeux.
Tiraillée toute sa vie entre être à moitié française et à moitié arabe, il a fallu que Zakia arrive en Ecosse pour se réconcilier avec son identité 100 % française. Elle n’a jamais reçu des commentaires négatifs sur son mélange culturel. Pour le Royaume Uni, Zakia était et est française, sans aucune question, alors qu’en France cela lui posait toujours des soucis pour trouver un travail ou même un logement. Elle nous dit qu’avec son expérience de la discrimination et du racisme en France, son pays natal, elle est plutôt sûre qu’ouvrir une entreprise en France en tant qu’étrangère et que femme ne serait pas la même chose que le faire en Ecosse ou dans le Royaume Uni en général.
Pour ce qui concerne le Brexit, Zakia pour le moment ne sait pas grand-chose sur ce que pourraient être les conséquences pour les entreprises, mais elle croit que cela affectera le flux des touristes qui viennent au Royaume Uni, notamment si les prix augmentent et s’il faut plus de formalités administratives pour y venir.
Actuellement l’entreprise Invisible Cities s’est bien développée et l’entrepreneur Zakia pense étendre le concept en Europe et même, pourquoi pas, aux États-Unis. Mais pour le moment, malgré le Brexit, elle est contente d’être en Ecosse, un pays qui l’a accueillie sans aucune discrimination et sans jamais lui faire sentir qu’elle n’était pas à sa place ou qu’elle n’était pas appréciée.
Un grand merci à tous nos lecteurs et assurez-vous de ne pas manquer une visite à Invisible Cities ! Vous pouvez trouver plus d’informations sur :
https://invisible-cities.org/
https://www.lesinrocks.com/2016/05/21/actualite/actualite/a-edimbourg-guides-touristiques-danciens-abris/

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